PART 10

À neuf heures, Julian avait déposé les enfants chez Mme Gable — une voisine âgée qui habitait plus loin dans la rue et arrondissait ses fins de mois en faisant du pain et en gardant les enfants du quartier — et s'était rendu en ville au volant de sa berline grise. L'atelier « Oakhaven Auto Repair » occupait un bâtiment en parpaings patinés par le temps, doté de deux larges baies de garage et d'une cour en gravier encombrée de vieux pick-ups et de matériel agricole rouillé. Hank, le propriétaire — un homme costaud dont les rides autour des yeux étaient à jamais marquées par la graisse — releva la tête du compartiment moteur d'un Ford F-150 lorsque Julian entra par la porte latérale. « C'est toi, Julian ? » demanda Hank en s'essuyant les mains avec un chiffon d'atelier graisseux. « C'est bien moi », répondit Julian en tendant la main. Hank la lui serra avec une poigne d'acier, ses yeux balayant brièvement les tatouages dans le cou de Julian avant de revenir sur son visage avec un plissement de paupières chaleureux et scrutateur. « J'ai entendu dire que tu t'étais installé dans la vieille propriété des Miller. Ça fait une sacrée maison pour un homme seul avec deux gamins. » « C'est calme », répondit simplement Julian. « Le calme, c'est bien... la plupart du temps. Jusqu'à ce que quelque chose tombe en panne. » Hank jeta le chiffon sur l'établi et fit un signe vers une série de clés. « Bon, voyons ce que tu sais faire avec une clé. J'ai une pompe à eau sur ce Dodge qui me donne du fil à retordre depuis ce matin. » Julian s'approcha de l'établi, sentant dans ses mains le poids familier et rassurant des outils en acier. Cela lui faisait du bien de se concentrer sur quelque chose de mécanique, sur des problèmes clairs aux solutions directes, où chaque tour de boulon marquait une progression. Travailler ici n'était pas seulement une source de revenus ; c'était un moyen de s'ancrer dans cette petite communauté, de prouver, par un travail régulier, qu'il avait autant sa place ici que n'importe quel habitant dont la famille cultivait ces collines depuis des générations.