PART 13

Le samedi se leva sous un ciel radieux ; c’était une de ces journées d’automne où l’air est assez vif pour vous piquer le bout du nez, mais assez doux au soleil pour travailler en chemise. Julian se tenait dans le jardin, une tarière à la main, enfonçant les lourdes lames d’acier dans la terre sombre, tandis que Leo se tenait à ses côtés, tenant une botte de piquets en bois et une pelote de grosse ficelle. Ils construisaient une clôture basse en bois fendu autour du potager situé derrière la cuisine, un projet que Julian avait promis de réaliser depuis leur emménagement. Clara trottinait le long de la pelouse, poursuivant un papillon jaune vif qui semblait totalement indifférent à ses efforts. Julian retira l’outil du sol — une grosse motte de terre humide retombant sur l’herbe — et s’essuya le front du revers de l’avant-bras ; l’encre sombre du tatouage dans son cou accrochait la lumière du matin. « Tu la tiens bien tendue, cette ficelle, l’associé ? » demanda Julian en reprenant son souffle. Leo prit appui sur ses jambes, saisit la cordelette à deux mains et hocha la tête avec assurance. « Tendue comme la peau d’un tambour », répondit-il, reprenant une expression qu’il avait sans doute apprise auprès de Hank, à l’atelier. Julian sourit, raffermit sa prise sur les poignées de la tarière et l’enfonça de nouveau dans la terre avec un bruit sourd et net. Chaque trou creusé semblait agir comme une ancre s’enfonçant dans le sol, ancrant leur présence sur cette propriété. Ils ne se contentaient pas de rénover une vieille maison ; ils délimitaient un territoire, une zone de sécurité où les enfants pourraient courir et jouer sans voir une menace dans la moindre ombre. Lorsque le soleil atteignit son zénith, trois piquets étaient déjà posés et parfaitement d’aplomb, se dressant droits et solides sur fond de collines vallonnées.